Dimanche 1 novembre 2009


Aujourd'hui, il m'est arrivé ce qui ne m'arrive jamais.
Les rencontres du hasard. Un regard qui se croise, tellement de choses dans celui de l'autre que ça coupe un peu le souffle. On imagine que ça n'existe pas dans la vie. Chacun à une table, seul, sous le soleil tiède d'un premier jour de novembre, chacun un livre dans les mains, chacun un café au bout du bras, presque froid. Il a regardé le titre de mon livre. Il a souri. Il m'a montré le sien. Et on s'est parlé, on s'est parlé deux heures. On a recommandé un café. Chaud celui-là.

Samuel.

Il faut que le hasard soit sacrément malin, pour faire se rencontrer l'éditeur et la libraire, à une terrasse où je ne vais jamais, un jour où je serais pourtant volontiers restée enfermée chez moi.

Et je me demande si j'ai le droit de faire ça.

Si j'ai le droit qu'il me plaise.
A cause de G. De notre rupture, vieille d'un petit mois.

Mais il y a son numéro dans mon portable.

L'odeur du cuir de son blouson qui reste dans mes narines.

Et un peu de son sourire.

Et je ne sais pas.

Je ne sais pas.

Par Sillia
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Mercredi 28 octobre 2009
 

Il était là, à côté de moi, et pourtant, j'avais la nostalgie de ma solitude.
Je regardais derrière moi, cherchant à me reconnaître, me demandant qui j'étais devenue. Était-ce moi, cette grande fille triste qui me regardait dans le miroir ? Est-ce que les rides, sous mes paupières, c'était ce que devait faire le grand amour à mon visage ? « Avant. Après. » Un relooking à l'envers. Car personne n'aurait déboursé un seul centime pour ma gueule, ma bouche tombante, mes cernes d'insomniaque. Et on me répétait : mais tu as G maintenant, comme si ça voulait tout dire. Et j'aurais bien griffé leurs sourires, arraché les mots de leurs bouches stupides. J'aurais voulu pouvoir avouer que je n'arrivais même plus à écrire, que j'en pleurais, de l'avoir lui mais d'avoir perdu tout le reste - les mots surtout. D'imaginer que tout ait pu se tarir, s'assécher. Qu'il n'y ait plus rien à sortir de sous ma peau. Qu'il n'y ait plus dans mon corps que du sang et de l'eau, rien qu'une bouillie honteuse.

 

Est-ce que tu es heureuse ?

Est-ce que tu m'aimes ?

 

J'ai menti.

Je l'ai regardé et j'ai menti. J'ai dit oui. J'ai souri.

Qu'est-ce qui me rendait si lâche ? Ma peur de lui faire mal ? De devenir le bourreau ?

 

Quand il a compris que son amour m'étranglait, que ça me tuait... il m'a laissée partir.

Par Sillia
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Mardi 27 octobre 2009
 

Mon rayon jeunesse, j'y suis comme dans des chaussons.

J'aime bien dire mon rayon jeunesse, même s'il n'est pas à moi. Je me l'approprie un peu, juste un peu, jusqu'à ce que ma collègue revienne de son arrêt maladie. Je sais qu'à son retour, on me renverra illico-presto en « V.P » (ou Vie Pratique, pour les non-initiés) me faire ensevelir sous les coffrets de cuisine. Depuis un mois, on a reçu des pics à brochettes, des paniers de cuisson vapeur, des chalumeaux à crème brûlée, des poches à douille, des tajines, des moules à cakes et à muffin... et je me demande si les éditeurs ont l'intention de nous transformer en quincailleries.

 

En me mettant provisoirement au rayon jeunesse, mon responsable avait l'air un brin ennuyé : c'est temporaire, ne vous inquiétez pas, me disait-il d'un ton rassurant. Il avait l'impression que je lui faisais une faveur, altruiste et désintéressée, en acceptant ma mutation au paradis, alors que je me retenais de hurler de joie, et de lui demander, accrochée à sa manche : et si elle ne revient pas, dites, je pourrais y rester ?

 

Mais elle reviendra.

Alors, tous les matins, j'enfile mes pantoufles de libraire jeunesse avec délectation, celle des choses qui ne durent pas - l'éphémère rend tout précieux. Je range, je classe, je conseille. Des gamins qui ne lisent pas et d'autres qui donnent l'impression (réelle ou non) d'avoir déjà tout lu. Des parents anxieux. Des parents prétentieux. Des adolescents rêveurs. Je me retiens de sourire quand on me demande Emile Zola de Thérèse (Vous voulez dire Thérèse Raquin, de Zola ?) et d'être trop fière de moi quand on me remercie, qu'on me sourit...

 

Je voudrais que ça dure encore un peu. 

 

 

Par Sillia
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Jeudi 22 octobre 2009
 

J'ai tout changé.

J'ai abandonné ma ville.
Ses pavés qui cassent les chevilles.
Les remparts dressés contre le vent.
La puanteur des rues. Frites. Urine. Déchets.
Je ne me suis pas retournée. Sur rien.
Exit les vieilles pierres papales. 
 

J'ai entassé les cartons dans mon appartement, plié ma vie en quatre dans chacun d'eux, et je suis partie.

J'ai laissé ma librairie moribonde se noyer sans moi.
Parce que je serais morte avec elle, accrochée au gouvernail.
A quoi bon ?
Il me fallait des horizons plus beaux que les siens.
Et je les ai trouvé.



J'ai trouvé la mer, tout près, où prendre le large.
J'ai trouvé le sable à perte de vue, des dunes où enfoncer les pieds, à l'Espiguette.
J'ai trouvé une ville où tout bouge, tout le temps.
J'ai trouvé une librairie, toute neuve, un endroit pleins de livres et pleins de rêves... comme moi...

Par Sillia
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Mardi 14 juillet 2009



Je suis revenue.

Parce qu'il le fallait.

J'avais la mort dans l'âme, mais je l'ai pris, l'avion du retour. Les yeux piquants et embués, j'ai regardé le soleil se coucher d'en haut, contre l'aile immense et blanche. Je les ai fermé au milieu de l'orage, quand le monstre tanguait. Et je me suis demandée si nous allions tomber. Si ça allait me réveiller. Et je crois que j'avais peur.

Depuis, il me semble que j'oublie déjà. Ou que j'ai rêvé. C'était comme une délicieuse parenthèse, courte comme un battement de cils, une suspension, de l'air dans mes poumons. On supporte tout, après, quand la tête est si pleine, quand les yeux ont tant vu, même le petit chaos ordinaire où on remet les pieds.

Je suis revenue et je suis sûrement différente.
Je le sens. Ma chair le sent.
Là-bas, assise face à la mer, il me semblait que le monde était à moi.
Ici, on dirait qu'il m'avale, me digère.

Heureusement, il me reste les souvenirs. Les images.
Et ça me berce, pour m'endormir.

    

Par Sillia
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